

Pour la nuit surprise, nue,
la nuit éparse en son intrigue –
Longues fougères vibratiles
prises dans la privation de perspective, la solution de l’espace –
Poumons,
l’apprêt du tableau en lequel toutes choses
apparaissent ressuyées –
Dans l’agitation des plus hautes branches et la trêve,
les galeries de la nuit, les chemins vers l’esquisse ultime, inaboutie –
Le langage de la nuit dans l’effacement des cimes, syllabes fondues –
Le pli de l’espace sur lui-même,
la montée de l’espace dans une éclosion lente, libre de toute forme,
L’injection d’un liquide sombre dans les veines,
L’étrange incarnation des choses dans celles
qui sont seulement le plus proches,
dont on ne distingue que le port et la matière ligneuse,
l’emmêlement rigide et les images brouillées –
Une soudaine apparition, la sensation ténue de panique,
d’une menace :
où se tient-elle – entre l’esprit et la chose ?
— Quelle est cette gangue serrée autour de mon coeur,
la chose que je ne puis dire – dont libre, la nuit est le fruit ?
— Crois-tu que la nuit puisse ainsi tenir en toi, toute la phrase complète ?

