les collines s’élèvent, s’ajustent – rabotées, demeurées inégales, leurs surfaces écorchées sont anormalement dorées : chaumes, terre asséchée, couleur de paille, d’argile sèche, d’herbe pâle
Sous le ciel limpide, immobile inaltéré,
Une main mouvante et le bras, soulèvent l’étoffe, la rehausse : les reliefs amplement se déplient – fronces qui fondent, bossages adoucis qui s’alignent, longues lignes de crêtes,
Passage de l’air sous l’étoffe.
Dans les cahots de la marche, le souffle sous la terre, regardée de loin, porté vers moi :
la mante qu’elle soulève et tire, ajustée, flottante –
dont l’œil ne voit pas les infimes mouvements ni les rehauts, entre deux clignements, entre deux halenées.
Terre qui invisiblement se couvre et se dénude :
Quel serait l’instant où apparaitrait nue la terre – telle à la source ininterrompue l’eau s’apprêtant – avant son essor, sa première torsade, son tintement, visible, simple et forte, sa course transparente, inentamée ?
La terre nue ici, Clunisois, Ombrie, en cet instant l’offrande déposée, lumineuse comme les étendues des chaumes, l’herbe sèche sur les pentes, que bordent, persévérants, les arbres,
L’instant nu, les chemins pris, d’une scission et d’une rejonction de soi : parcourir une autre terre, qui est celle-ci, promise,
Petite Ombrie, terre du Poverello*, Ombres échangées de l’une dans l’autre, lumière égale,
Louange pour être soi emporté, comme l’eau mobile en son lit, aveugle, déliée, sans reflet d’elle-même, calque parfait, exactitude du mouvement.
Ici, même sans les cyprès ni les rangées de vignes à flancs, ni les oliviers aux feuilles couleur de bronze, ni les hauteurs aussi puissantes que des dômes,
Les pas vous conduisent vers l’état solide de la lumière : feuilles d’or, hauts-reliefs ; de toutes formes, bossages courbes saillies, l’ombre effacée.
Les pieds presque nus, tant j’ai marché longtemps – la quête des bêtes et des troupeaux patiente, et vaine toutefois, l’objectif en guise de livres d’heures,
Cet accommodement précis faisant que sans ombre, la lumière vous épargne, vous entoure,
Sans doute encore insuffisamment dépris, pour que sans lien ni boucle ni reflet la louange soit appariement, et silence
Nous avons vu les ciels de l’Ombrie, comme ils reposent, versés purs d’une grande coupe immobile.
A l’aube, le ciel s’élève, presque transparent ; une mer immobile, muette, et retenue.
A midi, le ciel est intense et doux, le soleil dur : sa force est atténuée par la teinte que prend le ciel – lumineux, léger et subtilement mobile, bordé par les montagnes.
Depuis les hauteurs du Monte Subasio, les montagnes sont d’abord de grands talus d’or en pentes douces, au-dessus des champs, des plantations d’oliviers et de cyprès, des alignements de la vigne ; au-dessus d’elles, de grandes bosses, arides et sèches, aux larges sommets pelés ; et au loin, au-dessus de forêts d’yeuses et de hêtres, une enceinte vieille et presque effacée à midi, une grande circonférence pierreuse, affaissée sous le ciel, tel un amas d’étoffes rêches et bleues, l’ombre en leurs plis rompus ; le ciel est léger, une toile tendue, tendre et polie, dépourvue de plis : une toile repliée sur elle-même par le geste doux et lent d’un bras qui l’aurait doublée, glissé entre deux épaisseurs pour les lisser, en éprouver la douceur sur la peau et la pleine pureté du bleu – pour le passage d’une coulée entre ses feuilles dociles : la montée d’une grande pâleur au zénith.
Nous avons gravi le Monte Subasio pour rejoindre Assisi. Les pentes pelées sont couvertes de pierres roses, affleurant au sol, et sonores. La montagne est empierrée, une attrition continue à ses flancs, ses replats et ses sentes, la mise à jour de sa propre matière, morcelée, dispersée, blanche, rose et drue, avant les premières hauteurs.
A peine creusés, les chemins sont pâles et lents, tirés entre des herbes rases, sèches, dorées, et une grande foison de têtes bleutées hérissées sous le ciel pur ; des calices de feuilles raides, pointées comme des étoiles ouvertes : ce sont les panicauts, posés au-dessus de leurs feuilles dentelées, alignés selon des portées secrètes, égarés en assemblées confuses. Partout, des bosquets de grands genévriers, aux fruits noirs et secs comme de vieilles offrandes, denses de leurs branches sombres, donnent une ombre courte au-dessus des lignes de pierres et des prairies brûlées.
Ailleurs, les sentiers contournent de grandes et profondes dépressions en forme de mortier, ridées ou rayées à l’intérieur, jusqu’à leur fonds, par une sente circulaire.
Nous nous sommes posés entre les branches des chênes verts : elles sont ouvertes, basses, tortueuses. Nous sommes adossés à la naissance de leurs bras levés, à leurs aisselles rugueuses, entre leurs branches solides et douces, dans l’élévation de leurs bras offrant une ombre déchirée sur le sol âpre et coupant.
Nous avons pris le chemin d’Assise.
Le soleil frémissait, fondant comme une buée.
Nous avons franchi les murailles de la vieille Hispellum : la ville nous était apparue sur son éminence, derrière les rideaux de ses cyprès, toute blanche, plantée d’arbres en son cœur, ceinte d’arcs et de portes antiques, comme une petite Jérusalem.
Ce chemin en sortant du monastère, je choisis à main droite, la longue pente sous le berceau des arbres et des ronciers qui se sont joints en un arc parfait au-dessus de l’allée ; de l’autre côté, une route étroite, des champs, les troupeaux enclos et le fourrage ; une vue à laquelle sera semblable sans doute, celle que je trouverai ; à cause des collines plus hautes qui nous entourent, où que l’on soit.
Un faufil au faîte des versants, qui les maintient serrés, un peu ; de part et d’autre, les champs sont géométriquement délimités par des haies vives (taillis, arbres) assez épaisses pour contenir d’autres sentiers : on le voit en contrebas : une fois suffisamment éloigné, ou la seconde fois que l’on a traversé ces collines,
des angles droits, des lignes, comme si les champs se superposaient ; on devine le départ d’un sentier : les sillons longeant une haie s’interrompent à l’extrémité d’une pâture devant un taillis plus large, plus sombre,
Les périmètres des champs sont comme des frontières sur une carte relevée, des frontières denses, des refuges, angles, lignes qui sont des passages sur les côtés,
Leurs surfaces sont rugueuses et tendres, également pelées et lumineuses : herbes rases, chaumes, épis étêtés, prairies chaudes, herbages cassants.
Le don de la chaleur, de l’oubli. Le don de la sècheresse qui révèle
les mêmes états, partout, une même étendue sans bord, posée sur les pentes aux fronces grossières ; (ne devrais-je pas dire en-dessous ?)
secs et drus, chatoyants et presque blancs, la terre en ses ors,
Les arbres, les ronces, les hautes friches et au loin la brume matinale – suspendue, blanche comme une laine précieuse, foulée sur les collines, et au-dessus des herbes ; comme la rosée déposée partout autour de moi, larmes fraiches dans l’ombre,
Masquent les emprises de l’autoroute et de la ligne ferroviaire à grande vitesse, saignées encore silencieuses, un peu, tranchées qui se remplissent, ablation ; plus précisément résection : l’espace n’est pas contiguë à lui- même – un no man’s land, infranchissable,
Sous les collines neigeuses du matin d’août, il serait Laudes, si je n’étais pas seul.
Laudes : seconde des Heures canoniales, qui suit Matines, composée de psaumes et de cantiques à la louange de Dieu. De Laudes, louanges.
1. Marcher lentement durant la montée – je pense : un balancement du corps ; je pense : il n’y a pas de lexique pour cet acte : l’effort extérieur, la sensation du corps devant mesurer sa dépense, légèrement entravé.
Ressentant une familière résistance, je me dis mon coeur indiscipliné, pour l’impossibilité de dompter mon corps ; il est rétif à toute répétition.
2. Sur le chemin, des touffes herbes asséchées ressemblent à l’aile décomposée d’un oiseau.
Les oyats aux épis lumineux vus de loin, ensemble si légèrement ondulent, impondérables – s’il était une neige d’or pâle coulant à leur têtes, ou bien s’évaporant.
Les pierres roulent sous les pieds ; attendent ; elles sont blanches et noires : l’ombre est fixée à certaines de leurs faces.
3. L’étagement des collines aux sommets larges, nus et ronds ; toutes rebondies.
Une longue étoffe face à nous, pierreuse, s’élevant sans bris ni faille. Tu me parles de vagues ; j’imagine leur profil, devant nous superposées dans une suite de courbes, comme les lignes d’un dessin.
Tu les comptes. Tu me dis : « Cinq lignes en dessous des sommets. »
4. L’envie est dans l’instant de s’écouler en leurs rondeurs, leurs creux – ils sont tous apparents, à peine obscurcis : être soi-même une ombre liquide ; glisser par tous les sentiers, se ramifier : au même moment, depuis le même point de vue, les doigts se divisent, les bras se tendent ; les yeux parcourent la trame des fils courant à tous les flancs. Ils sont tirés depuis le visage.
Je te regarde : en marchant, tu écartes les bras, tu chantes. Je t’écoute.
5. Allongé, je contemple le passage des nuages, si rapide, l’ombre immense sur les champs, les piémonts, comme l’ire d’un dieu impatient dans les mouvements de l’herbe, retournant les pierres, se jetant sur les roches saillantes, ou le frayage d’une bête aveugle, ou le passage la main sur la courbe d’un corps insensible ; elle se dissout, perd sa forme de main ; se reforme dans l’instant, à peine plus haut
6. Tel un linge posé sur le visage, afin que s’impriment les traits de l’ombre – tourné vers nos yeux : l’herbe, les églantiers, le nerprun, les pierriers, d’autres arbres épars, les roches, toutes proéminentes, des collines – chairs silencieuses, majestueuses.
7. La puissance du vent sur les hauteurs – leurs vastes rondeurs steppiques – s’allonger n’y change rien – le vent si fort, comme le temps passerait brusquement d’un instant à l’autre, le vent aussi immatériel et violent que le temps (le temps dans ses élans, ses heurts, ses voltes.)
8. Toi aussi, mon frère le vent, au souffle perpétuellement désaccordé, incapable de compter, te mesurer – te décompter à toi-même. «Loué sois-tu, mon Seigneur, pour frère Vent, et pour l’air et pour les nuages,pour l’azur calme et tous les temps : grâce à eux tu maintiens en vie toutesles créatures.» *
9. Se peut-il qu’un nuage blanc aussi lumineux, aussi angélique soit aussi inquiétant en sa forme ? Je vois un relief abrupt ; les franges ensoleillés, dénouées, bientôt fondues – pure lumière ; les falaises blanches qui le délimitent, le compriment, des strates d’air et d’eau gelée ; quelle grande faute que j’ai oubliée, qu’il me montre, en pleine lumière ?
10. Le chant de la caille des blés : petites bulles d’eau dans son gosier, qu’elle fait glousser dans son bec. Elle se tait à notre passage. Grincements pour les hirondelles. Le chant infatigable des fauvettes, noires et blanches.
11. Sur le sommet planté d’une croix, dans l’axe d’une première branche, au loin distinctement – s’alignent les deux vestiges que nous sommes venus contempler, que trop près nous ne pouvions voir entiers, séparés. Dans l’axe de l’autre branche, le village d’où nous sommes venus, derrière d’autres sommets. Il faudrait désirer être fixés ici, ne plus bouger de ce crâne herbu.
12. L’ombre des nuages se déchire sur le sol, sous le ciel entrouvert. Les sommets apparaissent plus nus, plus rudes, âpres, gris, tourmentés. Leurs fronts sévères infiniment, ridés, infiniment précis, lointains, inaccessibles. Une surrection de la roche en elle-même. Liant les cimes au regard, l’image d’un éclair
Abruzzes. Rocca Calascio
.Sommet de la Croix .«Mon cœur indiscipliné »: David Copperfield, Charles Dickens * Cantique des créatures. François d’Assise.
I. Marchant vers deux lacs, que j’imagine enfouis, à une distance que j’ignore, devinant la forme des collines A la manière dont elles sont assemblées autour d’eux,
telle la main lorsqu’elle éprouve le plaisir d’être guidée par des courbes successives – et l’esprit, la sensation du corps soulevé par la caresse – et le regard, l’inépuisable ondulation où chuter et se lancer – leur battement.
Marchant dans la divination du plaisir à venir, conduits à présent à l’exact alignement :
Le seuil lointain abaissé, la forme du passage apparue : roches sur le sommet, en un sombre déchirement, indistinctes – le seuil ouvert, la plaine.
Une eau large, très lentement remuée, glissée jusqu’à nous, qui se recourbe –
À présent nous voilà tirés vers le seuil là-haut, privés de poids ; l’herbe fuit devant nous, entrainés, comme dans une barque halée –
les bords de la vallée s’écartent doucement ; montés à ses flancs, parmi chaumes et chardons, creusés par les sabots des bêtes – (nous y posons nos pas) j’imagine en regardant
la courbe large du synclinal
Qu’il doit exister une ligne par laquelle pourrait passer le fil d’un ruisseau : une couture légère, sinueuse, exacte – un trait équidistant – de sorte qu’elle partage la vallée tout son long en deux parties égales
Parmi les troupeaux : bêtes éparses, nombreuses – indifférentes ; les plus proches lèvent brièvement leurs mufles interrogants vers nous.
Le souffle des herbes ensemble jusqu’à nos mains, nous-mêmes nous hissant jusqu’au pas, notre barque emplie de l’eau qui la berce ; vagues montées les unes sur les autres qui nous portent.
Le chemin s’étrécit au nœud du sentier, tourné vers le sommet.
Nous sommes et la barque et l’eau indistinctement
et la vallée dont nous avons gagné la passe est eau et barque indistinctement.
II. Une grange cistercienne, au sommet – les pierres disposées – grises, de couleur semblable à celle des parois des grands sommets, apparus.
Nous occupons l’espace vide, comme en un jeu, posant nos mains sur les pans de mur les plus hauts, les façades ébauchées.
Je ne sais plus : sommes-nous montés, sommes-nous descendus – me souvenant de notre bercement, des pentes nues, rauques ; de l’espace élargi ; de chants d’oiseaux – signes à présent perdus – à quelle page ? de collines rondes, ajustées selon une opulence telle, réservée au seul marcheur :
Rebonds, coulées, voltes ; dérives parmi les fruits ; piémonts indistincts du chemin ; frôler un corps, virer au près pour un autre à suivre.
Une voie tendue, exclusive, vers
Les deux étendues d’eau successives, une distance légère entre eux : deux cercles sur lesquels l’eau semble reposer, sans profondeur,
Offrandes faites aux bêtes qui demeurent pareillement étrangement silencieuses,
Qui se sont alignées au-dessus de l’eau, en lignes parallèles, suivant une topologie connue d’elles seules – sphinges rouges et grises, si nombreuses, captives qui attendent de notre bouche la question à laquelle elles brûlent de répondre.
Italia. Abbruzo. Grangia cistercense di Santa Maria del Monte
versants et vaste vallon enveloppés de fougères, que traverse le sentier,
Vertes, vertes !
Vision approchée des yeux (poser d’un oiseau)
que je puisse voir
chaque fronde, les pennes de chaque limbe, les crosses,
les formes semblables à toutes distances : chaque feuille distincte dans la foison, les cils dans la masse mouvante – la vague multipliée,
la palme entière dans la pleine ondulation de toutes, qui s’agitent dans l’ample champ uniforme : une levée douce, et fixe,
Offrande jaillissante des feuilles. Assaut flexible.
Lenteur, verdeur ondoyante !
Odeur verte des fougères, odeur de terre sucrée, d’herbe fraîchement coupée. Odeur légère, masquée, comme une fleur pudique derrière le voile immobile.
Ce pourrait être une sylve – l’échelle de crue retirée, la vision venue vers nous inchangée : troncs, branches, cils
Genêts
Nous entendons un crépitement continu. Nous faisons longuement silence. Tu me dis : “ C’est le bruit des cosses de genêts, elles éclatent, jettent leurs graines, qui se dispersent.”
Fraîcheur
Le long du chemin, des amas de roches couverts de ronces, de mousses, de fougères. Tu t’en approches. Tu me fais signe : “ Viens près de moi. L’air passe par ces roches. Il est frais. Penche-toi… D’où vient-il ? ”
Plusieurs fois, cette fraîcheur, profonde, ce souffle exhalé.
Ventre
Plus loin, j’entends le bruit de l’eau qui sourd sous les herbes, dans le haut versant, ou proche de mes pas. Parfois l’eau s’égoutte jusqu’au sentier. Pourquoi penser au poids de la montagne ? Plutôt dire : un bruit sourd, lointain, comme venu d’un ventre.
Qui respire, qui se nourrit ?
Ombres
Un arbre seul dressé devant la montagne qui nous fait face de l’autre côté de la vallée : parois nues, rêches, ridées ; seules quelques plaques de végétaux y sont accrochées. Ubac où nous sommes, Adret en face. L’ombre de l’arbre semble projetée sur la paroi de la montagne : une tache verte, très sombre suspendue à ses flancs. Nous sommes debout, dans la mire exacte du soleil. Nos ombres s’allongent devant nous. Fin d’après-midi : nos ombres et l’ombre de l’arbre sont l’aiguille d’un cadran solaire.
Rivière
Les eaux jaillissent des flancs. Chutent ou glissent sans se dissocier de la terre, des roches : un fil tendu, transparent, tressé par lui-même, insécable, une ligne brisée par tous reliefs.
L’eau en courbes ininterrompues, inachevées, appariée à la terre, à elle soumise, d’elle affranchie.
Les eaux s’abaissent, courent, se multiplient. Se joignent.
Tresses. Reflets des pierres dans la vasque. Fixité du miroir posé dans l’auge provisoire des roches. Feuilles de verre. Souffle tendu entre toutes pentes, tous obstacles.
Rivières, lacs en lesquels vous êtes imperceptiblement pris et dépris : une autre géographie que celle de vos pas.
Coulées vous irriguant de leur chant sans mètre : toutes choses sont pourtant dites par lui et votre corps est drainé par la chute de l’eau.
Ubiquité de l’eau dans la direction unique qu’elle prend. Vous l’ignorerez à jamais ; une pente béante la conduit.
L’esprit tendu, vous puisez des noms à lui donner : sa teneur, ses couleurs, ses états empreints par les mouvements du sol (cascade, gouffre, gorges, torrent, étangs…) Qui presse qui ?
Eaux traversant légères, la masse verte, eaux fusant, étreintes dans l’étau de la roche,
état aérien du verre en fusion, élan pur, fonte et flamme continues, incessamment renouvelées – ô lumière fumante de l’eau.*
Lacs en lesquels vous êtes pris et dépris. Géographie essentiellement aérienne de l’eau : la phrase qu’elle poursuit.
Foudre
Passage d’un col. La route descend en sinuant entre des arbres. Devant, un sommet nous domine. Ses pentes plongent vers les vallées, toutes ici, étroites et profondes. Atteindront-elles, plus obscures que leurs propres assises, dans le resserrement le plus grand, l’ultime sol ? Le fouilleront-elles jusqu’à la demeure du Dieu chthonien de la Foudre ?
Prairies
Pour la foison. La hauteur des herbes. Sur l’adret, les fleurs, les arbustes, les graminées, et plus haut la forêt, ont pris la place des terrasses cultivées. Je remonte la pente par le regard. Les herbes ouvrent un chemin. Elles s’allongent. Frémissent. Les pentes enherbées sont la peau d’un fruit. J’ai atteint le haut de la pente. Je la dévale en pensée, roulant sur le dos, le ventre. Je ressens à présent le frottement des herbes. Piqûres, griffures, comme après avoir porté les foins dans la grange haute, la poussière dans l’herbe, les insectes, les tiges rases, hérissées l’irritation de la peau, celle du dos, des épaules les rougeurs, l’inflammation, Nos peaux écorchées.