Les lichens couvrent d’écailles légères, couleur de bronze pâle les murets –
Pierres sèches, qui sont le trait et le mètre et l’arpent, la trame robuste dont la forme ne peut être devinée, les membranes qui serrent la terre – ses aires jointes, qui serait demeurée sans forme, ni défense, sans remparts ni obstacles,
La grande étoffe respirante –
Et par l’ombre verticale du corps, comme s’il était le point nœud de la couture, ou encore, la clé de voûte, se croisent les lignes cardinales, en purs angles droits,
par vos épaules et vos yeux, par votre corps passées, comme dans une eau étale et claire, ses lignes illimitées et franches, l’espace incessamment sorti de lui-même,
Tu me dis :
— Mon rêve fut de danser, comme les plis défaits qui ont abandonné l’étoffe – légère et libre, que l’on étire à quatre mains, le drap ouvert suspendu entre les mains qui le tendent – l’espace posé en lignes orthogonales
Oeuvres d’Alice Freytet, Musée Henri Martin, Cahors
L’herbe tiède, son souffle élevé jusqu’à mon visage, la main posée sur elle ; en recueillir l’odeur, la paume retournée vers le ciel – exprimée de si loin, si précise, si proche,
Prés, chaleur, meules,
Marcher, s’allonger, porter,
A nu le corps, devant l’épreuve – devant l’herbe, les foins, la brosse des chaumes,
Le silence qui doit être fait pour
devenir égal à l’herbe
comme en l’instant précédant le poser des doigts sur votre peau, la chaleur reçue, le corps ne se défend pas –
Tiédeur de l’herbe en toutes les fibres de votre corps ; les limbes se courbent, toutes prises sous votre souffle – les herbes du ventre remuent, la sève chaude, les crosses se déroulent – brins de mémoire sans passé ; mis à nu, le temps s’enfuit :demeure la chaleur présente de tout le corps – l’effort, le repos…
Ici les parterres sont pelés, l’herbe fanée – ici l’herbe coupée, sueur sucrée, menthe, expiration des feuilles sectionnées : quels mots pour chaque herbe, toutes blessées dans la foison, et fixer les détails que je ne vois pas encore ?
Je marche, me dis-tu — les yeux fermés – le soleil chaud est filtré par les branches et les feuillages… Je reçois la lumière – intégralement éparse – les taches ne se posent pas sur le visage. La peau s’éclaire seule, reflets d’une flamme. La lumière se retient. Les ombres s’allongeront en fin d’après-midi…
Tu me dis encore :
— Et l’odeur boisée, toutes les odeurs plus fortes les yeux fermés, celles des figuiers sauvages, des fumées des cheminées… Et le bain sonore ! Chants d’oiseaux, merles, mésanges, rouge-gorges, corneilles, d’autres, celui-là, sans nom : une note étirée – je ne puis l’imiter, le chant a fondu dans ma mémoire… Mais te rappelles-tu, j’ai posé le nom sur la mésange posée entre les feuilles…
Les mousses si épaisses qu’elles glissent des murets, entre lesquels les sentiers sont enclos – ils sont les plis creusés dans l’étoffe, sur le Causse, et la main passée doucement, qui les a étirés et filés entre eux – ou la poignée desserrée, l’eau répandue, à nouveau jaillissante, ayant creusé sa voie, enfin apaisée,
J’ai pensé : allées à-demi enfouies, lit de pierre et d’herbe – lumineuses sous le ciel et les ajours dessinés par les ronces, le lierre, les branches – aussi grises que les pierres, ou couleur du vieux bronze,et de mes pas jusqu’à l’horizon, à quelque dizaines de mètres, sous les feuillages verts des yeuses ou ceux des cornouillers, déjà fanés – sous chaque main un même feutre est posé : mousses – lambeaux de chair végétale – légères, posés comme des guirlandes toutes pleines – pliées en elles-mêmes –je me demande : comment parviennent-elles à retenir la lumière du soleil – humbles luminaires, corolles minuscules – soleils fragmentés, chaque pousse tourne son adret – j’imagine des calices, incessamment remplis – une rosée inépuisable – dans lesquels les rayons fondent et tremblent d’une manière que l’œil ne peut comprendre,
Tu me dis :
— Une longue vue – je marche dans la lunette d’une jumelle – les arbres sont si proches les uns des autres – les arbres protecteurs – sans savoir ce qu’il y aura après le virage – comme un cocon – je ferme les yeux – les parfums sont plus puissants, je ferme les yeux pour les oiseaux