Les oiseaux vous regardent hors du temps

Les oiseaux vous regardent hors du temps, ni jour ni nuit

Je marche sans ombre à l’aplomb du soleil

il occupe le ciel de ses échardes.


Sur le cadran dessiné dans la poussière,
l’aiguille s’est redressée, ne bouge pas.
Toute ombre est verticale

Mon corps est embué en lui-même,
empesé comme la voile que l’on hisse.
Une vapeur rugueuse ceint le corps tout entier ; elle rampe ;
la sueur le long du dos est piquante. 
L’odeur de mon corps est celle du savon mouillé, celle
du linge entassé avant la lessive.
Le goût du sel a perlé depuis le front jusqu’aux lèvres

Je  me tiens en un point précis de l’espace, unique,
ni dedans ni dessus ni à sa surface ;
à chaque fois, je me demande :

Si j’avais ralenti le pas, m’étais assis quelques secondes,

où serai-je à présent ?

De quoi serai-je conscient, ayant été guidé par un désir
aussi avide aussi multiple et changeant
et aussi liquide que le soleil –
si infimement vibratile, 
hésitant et aveugle ?

Les oiseaux nous regardent hors du temps,

Entre deux clignements d’yeux – seule mesure tangible,
ils ont accompli tous les mouvements, pris toutes les directions

possibles –

effusion de l’eau, divisions ininterrompues, poussées, luxuriances secrètes,
de rameaux les infimes terminaisons proliférées.

Ayant accompli l’infinité des actions dont ils sont capables

durant ce laps, mes yeux fermés.

Je les regarde s’élancer : ils recommencent,  

où vols ou posers s’étaient interrompus devant moi.

J’imagine dans l’espace une foison redoublée, multipliée
par elle-même (mes yeux n’ont pas le temps
de se fermer complètement)

Avant la légère douleur d’une chose oubliée –
un élan incessamment refoulé :

Quelle était la question délivrant hors de la main
le grain compté du temps,
la fraction manquante ou perdue du désir       
me portant au-dessus de l’espace ?

L’apesanteur
dont le souvenir est presque entièrement effacé,
par laquelle être ce que l’on est

par la teneur
de ce qui plus vaste que soi
vous accorde place,

Ni jour ni nuit