À l’heure de Vigiles : la terre nue



Comme une petite Ombrie,

les collines s’élèvent, s’ajustent –
rabotées, demeurées inégales,
leurs surfaces écorchées sont
anormalement dorées :
chaumes, terre asséchée, couleur
de paille, d’argile sèche, d’herbe pâle

Sous le ciel limpide, immobile
inaltéré,

Une main mouvante et le bras,
soulèvent l’étoffe, la rehausse :
les reliefs amplement se déplient –
fronces qui fondent,
bossages adoucis qui s’alignent,
longues lignes de crêtes,

Passage de l’air sous l’étoffe.

Dans les cahots de la marche,
le souffle sous la terre, regardée de loin,
porté vers moi :

la mante qu’elle soulève et tire, ajustée, flottante –

dont l’œil ne voit pas les infimes mouvements ni les rehauts,
entre deux clignements,
entre deux halenées.

Terre qui invisiblement
se couvre et se dénude :

Quel serait
l’instant où apparaitrait nue la terre –
telle à la source ininterrompue
l’eau s’apprêtant –
avant son essor, sa première torsade, son tintement,
visible, simple et forte,
sa course transparente,
inentamée ?

La terre nue ici, 
Clunisois, Ombrie,
en cet instant l’offrande déposée,
lumineuse comme les étendues des chaumes, l’herbe sèche sur les pentes,
que bordent, persévérants, les arbres,

L’instant nu, les chemins pris,
d’une scission et d’une rejonction de soi :
parcourir une autre terre, qui est celle-ci, promise,

Petite Ombrie, terre du Poverello*,
Ombres échangées de l’une dans l’autre, lumière égale,

Louange
pour être soi emporté,
comme l’eau mobile en son lit,
aveugle, déliée,
sans reflet d’elle-même,
calque parfait,
exactitude du mouvement.

Ici, même sans les cyprès ni les rangées de vignes à flancs, ni les oliviers aux feuilles couleur de bronze, ni les hauteurs aussi puissantes que des dômes,

Les pas vous conduisent vers
l’état solide de la lumière :
feuilles d’or, hauts-reliefs ;
de toutes formes, bossages courbes saillies, l’ombre effacée.

Les pieds presque nus,
tant j’ai marché longtemps –
la quête des bêtes et des troupeaux
patiente, et vaine toutefois,
l’objectif en guise de livres d’heures,

Cet accommodement précis faisant que sans ombre, la lumière
vous épargne,
vous entoure,

Sans doute encore insuffisamment dépris,
pour que sans lien ni boucle ni reflet
la louange soit appariement, et
silence

* Poverello, le petit pauvre, François        d’Assise

23 au 30 septembre 26