Négatif / Paysage


Eclat aveuglant du soleil : arc, flèche –
les yeux dans son axe passager –

soleil tenu haut, fixe, blanc, ruisselant,
épandu dans l’axe de la route

après l’ondée, luisante, souple :
une lame d’argent glissant devant vous.

Le moment de photographier :
les rives ne réfléchissent rien –

l’apparition du clocher, vu de loin,
a précédé l’instant à partir duquel

le négatif du paysage est clairement apparu ;

Sa flèche est tendue à l’aplomb du soleil
(ensuite le soleil s’est déplacé) –

ses jours tout juste perceptibles,
un ou deux chas dans la masse effilée,

au fond d’une coulée étroite, 
un long contre-jour : hauts talus verts,

bâtiments obliques, en ombres massives,
éparses, anonymes perdant au près leur matière ;

ils se présentent par l’épaule : pignons, ensuite fenêtres,
seuil, toitures (flaques d’ardoises, fibrociment.)

Les villages se ressemblent – ressemblent à l’idée
que je m’en fais sans les avoir vus ni besoin de les reconnaître ;

ils ont été oubliés à mesure qu’ils ont été traversés,
empreintes dissemblables pourtant.

Remarquer après : le ciel était bleu –
lignes de fuites tirées  en tous sens,

traînées rectilignes encore, devenues sillages et flocons –
confusion avec les nuages –

passages venant à l’état liquide dans le ciel – suspensions –
maintenance au ciel de traces vivant pour elles-mêmes,

traits qui ne se croisent pas –

hautes profondeurs en aplat
dont les amas ne se touchent pas.

Au sol les seules lignes sont
celles tirées de poteaux en poteaux :

j’aime leurs tangentes dans les courbes ;

les lignes des câbles ne cessent de viser
le clocher ou le soleil ;

mâture élémentaire, fils perpendiculaires parfois,
doublés, ininterrompus, liquides.

Silhouettes des arbres effeuillés –
en parler, plus tard, malgré leur impatience :

les houppiers noirs nus, prolifèrent, s’agitent, parlent:
ils retiennent tant d’âmes