
Tout ce qui vit dans sa disparition
demeure soi-même
et ne s’égare jamais.
Inger Christensen,
La vallée des papillons, XIV.
Signes de la main pour demander le pain, ne pas être resservi, accepter le vin, merci par les lèvres remuées,
Le silence, un fil
continûment tiré, et ajusté,
passé entre tous,
patiemment, sans effort –
Un visage apparaît
devant moi, au bout d’une table,
derrière les visages proches,
les épaules, les dos,
Souriant –
lentement, pleinement éclairé –
Pourquoi cette joie
l’apercevant ?
Comme l’eau remuée sous la lumière,
versant un reflet soudain sur les mains,
la forme jaillie mouvante,
saisie dans le silence,
Me faisant face –
Un instant de silence plus grand,
une plus grande retenue
– légère, légère,
Le regard retourné vers lui-même,
sans perdre la lumière –
et le temps
de saisir ma propre vision en moi,
le visage s’est tourné, le reflet dissout,
En vain ayant cherché
l’instant premier – perdu :
la sensation reçue, pure,
inexpugnable
en sa question,
un nœud serré, un rai de lumière derrière la porte –
Pourquoi cette joie ?
Plus tard je pense :
Existe-t-elle cette chose qui résiste –
cette longue racine – qui ne peut être vue ?
Il existe ce chemin par lequel je peux revenir, parfois, à la sensation première :
par le souvenir du dérangement, de la pression et de la saveur
ensemble du corps et de l’esprit –
Ou bien avais-je oublié,
ou éloigné de moi,
la joie – pure –
sauvage – vierge –
presque dépourvue de langage –
montée toute entière,
en la demeure entière de l’âme –
par les yeux ?
Mazille, un soir d’août 26. Rezé, 2 /25 septembre 26. Photos : agp. Chapelle de Vaux.


