

Un instant d’odeurs de menthe et de foin,
d’autres odeurs que je n’ai pas pris de temps de séparer :
lisier, bitume, figues, gasoil – j’ignore.
J’aime l’effort, presque pour lui-même,
un vol sans étapes –
la tension intime, un tenseur au loin –
tant il me plaît d’errer, entêté,
vieille ficelle, pelote usée,
tirée sans fin –
mouvements répétés du corps,
une réduction telle que
le corps pressé comme un fruit,
la vision, les sens m’apportent en l’esprit
le corps tangible des choses perçues,
la sensation de leur profondeur
que mon corps traverse sans les toucher,
qui le caressent
Un autre sentier : les fougères répandent une odeur sucrée ;
ou bien : cette odeur fruitée est-elle celles des fougères?
Trois faons s’enfuient d’un champ surplombant la route.
J’ai aperçu leurs têtes, rousses comme la terre ou le bois,
avant de pénétrer les taillis. Reste l’image : trois têtes inquiètes.
Trois figures de terracotta : bornes pour la mémoire.
Les pupilles horizontales des ovins. Les cils blancs des taurillons
et des vaches. Etre incapable de penser la manière dont
ils me regardent. Il me faudrait m’endormir, rêver comme elles :
être leur corps et l’élan qui est le leur, le monde qu’elles désirent.
Mais dire le désir du rêve est toujours le tromper.
Seulement bégayer : âmes des bêtes, présence qui leur est donnée,
se sentant elles-mêmes par toutes les manières qu’elles ont d’être traversées – immergées dans le monde qu’elles irriguent –
régulièrement, soudainement débordées.
C’était une petite araignée dans l’oreille, ce chatouillement.
Je la retire, en marchant. L’ai-je blessée ?
Elle s’enfuit par son fil. Par précaution, ma main
sur les pierres du muret, que le fil se rompe.
La manière qu’ont les troupeaux de moutons de se déplacer :
comme s’ils étaient poursuivis, se serrant entre eux
en une vague spirale, autour d’un centre qui ne cesse
d’être contesté, et de les fuir.





Août 26. Ban sacré de Cluny, autour de Mazille.