Graines (retourner vers la sève)

Trier les graines de l’aneth – les ombelles sont coupées, portant les couronnes de fruits –
la modique récolte est déposée dans un bol,

Séparer les graines, patiemment – chaque octobre –
cette tâche me fait toujours penser à Psyché –
devant trier des montagnes de graines :
coquelicot, lin, épeautre, lentilles, orge –
l’épreuve que lui ont imposée Tristesse et Inquiétude –
afin que l’âme avide et corporelle apprenne
à séparer, et classer, et l’aveugle Psyché à s’émouvoir,
trébucher et peser,

Avec lenteur, tirer entre les doigts les graines, qu’elles se séparent –
elles déposent leur odeur anisée sur la pulpe –
de minuscules insectesou araignées tentent de monter
aux parois lisses du bol : prendre une tige pour les extraire,
les poser sur la table du jardin,

Regarder les ombelles grises et brunes séparées de leurs graines : dépenaillées une fois privées de leurs fruits –
le mot d’ombelles, les tiges dressées –
revoir juillet dans les Apennins, l’altiplaine cachée –
vertes, vives, hautes, coriaces,
portant les pépites jaunes, ombellules, parmi les chardons hirsutes,
les fleurs de lin et de lentilles, les coquelicots,
les herbes montées, l’épeautre…

Sur la table, les ombelles décapitées ont forme
d’étoiles pauvres, d’étoiles dessiquées –
poussières à leurs hampes nues, ayant pris forme végétale,

Et la sensation si forte de l’automne,
la douceur de l’air, l’herbe toujours mouillée, les feuilles
qui jaunissent mêlées aux plus vertes,

La sensation que le soleil vient d’apparaître, et s’étend –
plutôt que se hisser,

La sensation d’un retrait paisible,
d’une douceur que je devrais accepter de m’accorder –
à cause de la lumière des feuilles devant moi :
une argenture liquide et légère
– pointes d’argent clignotant au bout des feuilles –
elles ne ploient pas – la langue de métal s’écoule –
se fixe, rebondit,

La sensation de recueil, la paix à trouver en soi ;
la raideur qu’il faudrait déposer :
suis-je capable de cesser de m’opposer et compter ?

Les reflets de l’eau et du soleil mêlés : comme un mucus.

Nostalgie de l’automne : un rassasiement qui aurait pu exister ;
douceur, en songe, autour de moi ;
sillage et ombre apparaissant dans les lueurs des feuilles encore vertes,
et les éclats fluides du soleil :

Toutes choses se tiennent dans un état d’assouvissement –
de réflexion, et de quiétude, avant l’instant de se dépouiller –
la végétation de retourner vers sa sève –
vers les méandres de ses sources, >
vers une vie devenue pleinement, exclusivement
intérieure – l’écorce pour apparence, silhouette, faux-semblant,

Cependant que l’esprit se rapproche de son cœur – que l’esprit de la plante et de l’arbre l’emplit seul,
le ciel est comme une terre oubliée, pâle, grise,
retenant l’eau et nue,

Et voici un reflet sombre à sa surface presque lisse.

Le ciel s’est transformé ; un chiffon humide ; en son centre, une poche obscure, profonde ; à ses rebords, l’encre délayée, épaisse – imminence possible, qu’elle crève, se déverse brusquement –
noire – ou se dissolve. Le ciel à présent demeure d’ardoise…

Dedans, dehors – le flux puissant de l’automne…

Octobre 2024

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Alain Gérardot-Paveglio

Ecriture : poésie fictions Photographie

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