Seul à Laudes


     Ce chemin en sortant du monastère,
je choisis à main droite,      
    la longue pente sous le berceau des    arbres et des ronciers
    qui se sont joints en un arc parfait au-dessus de l’allée ;
    de l’autre côté, une route étroite, des champs,
    les troupeaux enclos et le fourrage ; une vue
    à laquelle sera semblable sans doute,     celle que je trouverai ;
    à cause des collines plus hautes qui nous entourent,
    où que l’on soit.

Un faufil au faîte des versants,
qui les maintient serrés, un peu ; 
de part et d’autre, les champs sont géométriquement
délimités par des haies vives (taillis, arbres)
    assez épaisses pour contenir d’autres sentiers : 
    on le voit en contrebas : 
    une fois suffisamment éloigné, 
    ou la seconde fois que l’on a traversé ces collines,

des angles droits, des lignes, comme si les champs
se superposaient ;
    on devine le départ d’un sentier : 
    les sillons longeant une haie     s’interrompent 
    à l’extrémité d’une pâture 
    devant un taillis plus large, 
    plus sombre, 


Les périmètres des champs sont comme des frontières
sur une carte relevée,
    des frontières denses, des refuges, 
    angles, lignes qui sont
    des passages sur les côtés, 

Leurs surfaces sont rugueuses et
tendres, également pelées et
lumineuses : 
    herbes rases, chaumes, épis étêtés,
    prairies chaudes, herbages cassants.

Le don de la chaleur, de l’oubli.
Le don de la sècheresse qui révèle 

les mêmes états, partout,   
    une même étendue sans bord,
    posée sur les pentes aux fronces grossières ;
    (ne devrais-je pas dire en-dessous ?)

secs et drus, chatoyants et presque blancs,
    la terre en ses ors, 


Les arbres, les ronces, les hautes friches et au loin  
la brume matinale – 
    suspendue, blanche comme une laine précieuse,
    foulée sur les collines,
    et au-dessus des herbes ;
    comme la rosée déposée partout autour de moi,
    larmes fraiches dans l’ombre,

Masquent les emprises de l’autoroute et
de la ligne ferroviaire à grande vitesse, 
    saignées encore silencieuses, un peu,
    tranchées qui se remplissent, 
ablation ; plus précisément résection : 
   l’espace n’est pas contiguë à lui- même – 
   un no man’s land, infranchissable,

Sous les collines neigeuses du matin d’août, 
      il serait Laudes, 
si je n’étais pas seul. 


Laudes : seconde des Heures canoniales, qui suit Matines,
composée de psaumes
et de cantiques à la louange de Dieu.
De Laudes, louanges.

Published by

Unknown's avatar

Alain Gérardot-Paveglio

Ecriture : poésie fictions Photographie

One thought on “Seul à Laudes”

Leave a comment